Gods Games

Sommes-nous les jouets des dieux ?
Dans ce forum RP, des rencontres crues impossibles pourront avoir lieu
entre d'illustres ressuscités et des personnes de notre siècle

 
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 La quête

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Amelia Earhart

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Date d'inscription : 12/03/2011

MessageSujet: Re: La quête   Dim 29 Avr - 23:49

Voler avait toujours été son rêve. Elle l’avait réalisé même si à moment donné, cela lui avait coûté la vie. Si Amelia n’avait pas eues, présentes dans son esprit, les sages paroles de Sissi après le retour de Louis, elle aurait pu craindre être à point de récidiver.

*On ne meurt pas deux fois…on ne meurt pas deux fois !*

Parce que rien de plus incertain que ce vol trépidant…en tapis volant ! Accrochée de son mieux à Richard et au tapis, Amelia Mary Earhart pria. Au moins l’atterrissage fut il digne d’éloge. Posés en douceur, ils découvrirent ce nouveau décor. Spectaculaire était peu dire.

Cette pyramide ressemble beaucoup à cette de Chichen Itza, au Mexique. La civilisation Maya a engendré de splendides édifices à la gloire de diverses divinités. Celle-ci semble érigée d’à peine quelques années…

Comme toujours, Richard était une source d’information. Qu’il soupçonne la construction d’une âge moins vénérable qu’elle aurait dû être avait de quoi créer un certain malaise mais après tout ce qu’ils avaient vécu, on n’allait pas pinailler au siècle près. Oubliant misères passées ou futures, la réunion autour du feu signa l’harmonie renouvelée du groupe.

Plus tard, dans le refuge de leur tente, elle retrouva celui des bras de l’homme élu. Celui qu’elle avait choisi d’aimer au delà de tout.


Je ne veux pas bâtir de châteaux en Espagne, ni… de pyramide au Yucatan mais, je te promets, ma chérie, que dès que l’on sort d’ici, on posera nos pénates dans un beau coin tranquille.

Elle se redressa sur un coude et le regarda, rieuse :

Vraiment, M. l’explorateur ?...Je ne sais pas pourquoi…mais j’ai de la peine à vous croire !

Amelia adorait le faire rire.

Hey, je suis un homme de parole, moi ! Tu en douterais ?... Demande à Isabel, si on la croise !

Elle lui flatta le bout du nez et l’embrassa.

On va laisser ta femme en dehors de ça…je ferai un effort pour te croire…oui, je vais le faire pour une simple raison…je t’adore !

C’était tout ce qui pouvait compter, pour ce qui est du reste, on ferait avec !

Le lendemain, après avoir réuni un équipement sommaire, pour si jamais, ils se lancèrent à la découverte de la pyramide. L’endroit était fantastique et surtout extrêmement bien conservé, ou, s’il fallait croire aux paroles de Richard, frais construit. Quoiqu’il en soit, l’intérieur était un déploiement d’art et richesse. Des fresques incroyablement descriptifs même si assez étranges, des statues extraordinaires. Bien entendu, qu’il y eut des feux stratégiquement placés pour tout éclairer, donnait pas mal de quoi penser mais ils poursuivirent le tour en écoutant l’immanquable babillage de Louis qui s’extasiait de tant de grandeur. Achille le surveillait de près comme d’habitude et on pouvait l’entendre avertir Sa Majesté de ne toucher à ceci ou cela.

Faudrait l’attacher, pour ça !, rigola Amelia, attends…je reviens…les filles semblent avoir trouvé quelque chose…

Elle lâcha la main de Richard et alla rejoindre Hélène et Sissi qui riaient de plus belle en contemplant un vase très curieux.

Celui-ci ressemble à Louis, non ?

Elles rirent de concert avec cette idée de Sissi mais leur belle humeur s’enfuma abruptement quand après un bruit sourd et des exclamations surprises, leurs trois compagnons disparurent, sous leurs yeux horrifiés, avalés par le sol qui après avoir coulissé reprenait sa place, comme si rien.

Mon Dieu…DICK !!!


Elles se ruèrent comme des folles sur le lieu de la disparition, appelant les disparus à grands cris, s’acharnant contre les dalles de pierre à s’en meurtrir les doigts. Déplacé de son socle, l’idole ventru tout en or, semblait les narguer méchamment…

C’est de la faute de Loulou ! Il est incorrigible !, gémit Sissi au bord des larmes.

Louis est une vraie menace !, gronda Amelia, il mérite une correction inoubliable !

Elle-même faisait des efforts pour ne pas pleurer mais entendre Hélène défendre de vive voix son chéri, faillit la faire lui sauter dessus et la renverser à force de claques mais moyennant un effort de bon sens et charité parvint à se calmer.

Ça suffit !...On sait bien à qui est la faute mais ce n’est pas ainsi qu’on va arranger quelque chose… On comprend, Hélène…Louis est comme il est, rien ne va changer ça…Restons ici…qui sait ? Ils reviendront peut être…

La première heure s’écoula à bâtir toute sorte d’hypothèses optimistes mais au bout de la cinquième de vaine attente, il leur fallut se rendre à l’évidence que les hommes ne reviendraient pas de sitôt.

*Si jamais ils reviennent !*


La mort dans l’âme, elles regagnèrent le campement. L’après midi du troisième jour d’attente arrivait à sa fin quand jaillissant de nulle part, deux créatures bien connues firent leur apparition près du feu.

Les…chats !...Ils sont revenus ! Je suis sûre qu’ils sont là pour nous aider…

*Nous guider...nous protéger et chercher les autres…*

Le lendemain, elles quittèrent les alentours de la pyramide. Hermès ouvrait la marche, Bagheera surveillait les arrières, disparaissant de temps à autre pour revenir plus tard avec quelque prise de chasse qu’elle déposait aux pieds de Sissi.

Adorable bestiole…mais je pense qu’il est temps de mettre de notre part…essayons de trouver quelque chose de plus consistant qu’un lièvre ou une pintade, on ne peut pas attendre que nos minets s’amènent avec un antilope…au cas d’en avoir !

Elisabeth était douée pour la pêche. Hélène, devenue chasseresse par les aléas de la vie préférait s’arranger seule, c’est ainsi qu’Amelia se trouva en charge de faire du feu et cueillir des fruits. Elle revenait au campement après une maigre cueillette quand des sons inusuels vinrent troubler la paix parfaite des alentours. Elle n’eut pas de mal à reconnaître la voix d’Hélène aigue de colère et la riposte d’une autre grave, gutturale. Lâchant ce qu’elle tenait, Amelia fila.

Sissi avait entendu aussi, elles arrivèrent presque ensemble dans une clairière où se livrait un singulier combat. La belle de Troie, hors d’elle s’en prenait à un inconnu étrangement vêtu. La cause de la dispute était claire…un sanglier gisait plus loin, transpercé de deux flèches.

Hélène…non…

Ouïes sourdes. Dépassée par la force de l’inconnu, la blonde venait de se voir plaquée à terre, à la merci de l’agressé qui n’eut aucun mal à la maitriser. Un autre homme, armé suivait les faits, sans intervenir.

Bon sang…arrêtez !!! Je vous en prie…arrêtez !

L’homme freina son geste et les dévisagea, elle et Sissi, qui à bout de souffle arrivaient près des combattants.

Vous n’allez tout de même pas battre une femme…à moins bien sûr que vous ne soyez un sauvage !

Brillante entrée en matière. Pour la diplomatie on y repasserait. Sissi y mit du sien, bien plus douée dans les arcanes des relations publiques. Sans attendre de réponse, Amelia alla relever Hélène qui grognait comme chat furieux. C’est le moment que choisirent les deux félins pour se pointer ainsi qu’un autre inconnu…Grand, blond, l’air indubitablement moderne et civilisé même en portant un sac d’où dépassait la queue d’un poisson. Celui qui portait l’arme, la pointa sur les hybrides.

Non…ne tirez pas…ce sont nos amis…surtout ne tirez pas…Nous ne voulons pas de problèmes !

Le japonais, parce que cela en était bien un, sans aucun doute, émit une grognement mais ne dit rien. L’autre baissa son arme et le troisième resta là, à les regarder assez pris de court, dirait on.

Excusez nous cette intromission…Je suis Amelia Earhart, citoyenne américaine…à qui ai-je le plaisir ?

Une façon comme n’importe quelle autre d’initier des pourparlers…
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Neil Chesterfield

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MessageSujet: Re: La quête   Lun 30 Avr - 18:41

En fait de bizarreries, si Neil pensait avoir tout vu, il se trompait lourdement. Il venait de tomber sur un beau règlement de compte où, évidemment, le samouraï avait pris facilement le dessus sur une sauvageonne déchaînée qui lui disputait le sanglier abattu. Proches, se tenaient deux autres femmes aux allures décidées.
Les négociations pour la libération de la chasseresse ne se passaient pas trop bien. La demoiselle aux cheveux roux et courts s’y prit… comme un manche :


Vous n’allez tout de même pas battre une femme… à moins bien sûr que vous ne soyez un sauvage !

La brunette un peu en retrait calma le jeu comme elle put mais fut interrompue avec l’arrivée de deux énormes – très énormes – bizarreries. Jamais de sa vie, Neil n’avait pu imaginer qu’un tel mélange animal pouvait exister. Oui, des hybridations pouvaient se produire dans la nature mais ce qu’il voyait là n’avait… rien de naturel. Une tête de tigre plantée sur un corps de lion n’était pas… commun. De plus, la taille des bestioles était nettement supérieure à la « normale ».
Par réflexe, Chesterfield dégaina et braqua les apparitions.


Non…ne tirez pas… ce sont nos amis… surtout ne tirez pas… Nous ne voulons pas de problèmes !

Ami avec ces fauves ? Si… Si vous le dites… Nous non plus nous ne voulons pas de problèmes.
Mr. Miyamoto, pourriez-vous laisser cette jeune femme respirer, s’il vous plait ?


La rouquine sembla considérer ces paroles comme pacte de non-agression. Elle enchaîna, très à l’aise :

Excusez nous cette intromission… Je suis Amelia Earhart, citoyenne américaine… à qui ai-je le plaisir ?

Peut-être finirait-il par s’habituer à croiser des personnes décédées depuis des lustres ? En attendant, Neil reçut le choc en tiquant légèrement :

Mrs Earhart ? LA Mrs Earhart disparue en… ? Ben ça… Euh, excusez-moi, je suis Neil Chesterfield anglo-américain né en 1972 et, sauf preuve du contraire, j’étais encore vivant il y a un an, de même que Mr. Chavez que voici.

Cette déclaration parut intriguer les dames. À les entendre c’était la première fois qu’elles croisaient des gens si « modernes ». Il laissa le samouraï se présenter puis faillit tomber à la renverse lorsque les compagnes de l’aviatrice se présentèrent à tour de rôle. Il bafouilla, s’inclina, s’excusa de l’accueil musclé reçu avec une gaucherie qui fit rigoler les dames.
Il fallait néanmoins régler la question du sanglier.


Je ne crois pas que Mr. Miyamoto voie un inconvénient à… partager et ce serait un grand honneur si vous acceptiez de vous joindre à nous pour ce repas. Notre campement est plus haut…

Elles n’avaient pas encore dressé le leur mais désiraient récupérer le gros de leurs bagages. Neil délégua Chavez en escorte de Mrs Earhart et entama de guider les altesses vers le sommet de la colline. Si on lui avait dit qu’un jour il bavarderait en si noble compagnie, il aurait ri à s’en éclater la panse. Bien sûr, ces dames n’avaient pas de pièces d’identité et auraient pu inventer… n’importe quoi. Néanmoins, pourquoi douter ? Ne venait-il pas de vivre aux côtés d’un authentique samouraï décédé depuis des siècles ?

Leur arrivée au camp souleva la curiosité des trois autres expéditionnaires. Nouvelles présentations, ébahissement général. Poindexter et Paggit bavaient littéralement devant les jeunes femmes qui, malgré leurs atours simples, demeuraient fort jolies à regarder.


Une troisième convive ne va pas tarder. Browning, allez donner un coup de main à notre ami Japonais qui nous débite un gros sanglier abattu par ses soins ainsi que par ceux de son altesse.

Il brûlait d’envie de faire la conversation mais devait s’occuper des poissons.
L’esprit un peu à l’envers, il s’attela à la tâche en souriant, nostalgique. Chaque fois qu’il refaisait ces gestes, Neil ne pouvait s’empêcher de revivre ses premières heures après le naufrage quand, avec Lind, il avait dû suer avant d’arriver à préparer convenablement sa pêche. Dieu qu’elle lui manquait, sa Lind ! Il pouvait bien y avoir de superbes jeunes femmes dans les environs, il n’en verrait qu’une, la sienne !
Sans façon, ni manières, les dames se souillèrent aussi les mains si bien que la préparation du repas fut rondement menée.
Amelia, rentrée avec Chavez et le matériel, s’occupa de monter leur abri.
La cuisson des aliments réclamerait des heures dans le four enterré.
On s’assit autour et Neil, pour célébrer cette réunion d’exception, sortit l’unique bouteille d’alcool transportée. Sec ou coupée d’eau, la boisson détendit l’assemblée.
Les dames avaient la langue bien pendue. Il ne fallut pas longtemps avant que le gros de leurs histoires ne s’expose. Elles cherchaient à retrouver leurs compagnons et non des moindres !
Ils avaient été séparés par une bêtise royale dans une pyramide précolombienne à plusieurs jours de marche de là. Leur but initial avait été de chercher une issue au fleuve, s’écarter le plus possible des belligérants locaux et, peut-être, de découvrir qui avait manigancé tout ce cirque.

Nous aussi, nous cherchons des personnes égarées. C’est en passant sous une des pierres magiques que nous avons atterris ici… Mr. Myiomoto semble être, euh, ressuscité récemment. C’est possible qu’il y ait comme des… fluctuations ?

Les dames n’en savaient rien mais elles parlèrent de résurrections multiples, Louis XIV en serait la preuve.
C’était assez rassurant de savoir que l’on ne mourrait plus…


*À condition de l’avoir déjà été dans le passé…*
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MessageSujet: Re: La quête   Mer 2 Mai - 11:03

    Vous n’allez tout de même pas battre une femme… à moins bien sûr que vous ne soyez un sauvage !

    Musashi leva les yeux vers celle qui l'apostrophait... Il n'était pas en colère, mais l'insulte parvint à le faire frémir. Il n'y avait à ses yeux rien de plus méprisable que de se servir de sa force sur plus faible. Et en observant la jeune femme blonde et agressive, il savait parfaitement qu'il pourrait lui rompre la nuque sans effort.
    Il prit sur lui d'oublier le terme de "sauvage"... Mais ce qui suivit, lui fit oublier l'insulte. Deux créatures de la taille d'un taureau sortirent de nulle part. Visiblement, les demoiselles avaient des gardiens hautement dissuasifs.

    Mr. Miyamoto, pourriez-vous laisser cette jeune femme respirer, s’il vous plait ?

    La voix du blondin lui fit réaliser qu'il n'avait pas lâché la jeune femme. Il la repoussa, vaguement agacé...

    Je suis Amelia Earhart, citoyenne américaine… à qui ai-je le plaisir ?

    Le Blondin semblait visiblement connaitre ce nom. Pour Musashi, "Amelia Earhart" et "citoyenne américaine" ne voulait rien. Il se demanda si Earhart était un prénom... L'esprit du japonais dut gérer ce qu'il entendait. Chacun présenta ses dates de naissances et chacun venait de siècles différents.

    On aurait pu croire qu'un enfant capricieux avait mélangé tout ses jouets...

    Pour la samourai qu'il était, la mort était naturelle et permettait d'entrer dans le cycle des réincarnations. Revenir d'entre les morts était une absurdité, une monstruosité, un acte contre nature... Il n'éprouvait aucune reconnaissance... rien qu'une colère qui commençait à grandir en lui.

    Mais son visage restait sans expression. Les autres jeunes femmes se présentèrent, et tous les hommes de l'assistance semblaient bouleversés en comprenant devant qui ils se trouvaient.
    Pour le Japonais, ces noms étaient vides de sens.

    Il était hors de question d'être impoli... et tout en s'inclinant légèrement.

    Je suis Miyamoto Musashi, ronin de mon état...

    Dans un soucis de socialisation, le blondin l'incita à partager le sanglier. Musashi eut un rictus. Pensait-il qu'il avait prévu de tout garder pour lui?
    Il entreprit de couper l'animal avec le sabre court. Il s'interrogea un temps sur la solidité des os de ce type de sanglier... Mais il fut rassuré, les os cédèrent sans problème.

    Il jeta un coup d’œil à Browning.

    Trouvez deux cordes. On va lier les morceaux et les porter ainsi.

    Les deux hommes retournèrent au camp, un chapelet sanglant autour du cou. Le dénommé Browning semblait dégouté par l'odeur du sang qui semblait destinée à imprégner leurs vêtements. En d'autre temps, Musashi aurait pris un bain, mais l'idée de sentir le sang séché ne le dérangeait pas

    L'alcool qui fut partagé autour du feu n'avait pas de gout mais Musashi fut satisfait. Il n'avait de tout façon jamais supporté l'alcool. Il était attentif à ce qui se disait. Il était évident que même si ils parlaient tous la même langue, Musashi comprenait mieux le comportement des chevaux, des bêtes... que de cette communauté blanche et blonde.
    Il posa son verre qu'il n'avait pu finir...

    Quant à moi, je ne cherche personne. Car je souhaite que ceux que j'ai connu, soient bien morts... tous morts.

    Il se dispensa d'ajouter qu'il en tuerait certains encore et encore. Et cela autant de fois qu'ils devraient revenir.

    Je suis prêt à tout pour savoir et comprendre les raisons de notre présence ici...
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Hélène, la belle de Troie

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MessageSujet: Re: La quête   Jeu 3 Mai - 16:43

Oui. Elle savait bien à qui était la faute. Louis était le meilleur des hommes. Le plus adorable et prévenant. Mais il était aussi curieux qu’un chat et gaffeur à ses heures. Qui pouvait lui en vouloir ?

*Bon, en ce moment, tout le monde !*

Ils en avaient eu leur lot, d’aventures étranges. En fait, Hélène considérait que son existence, depuis la résurrection n’avait été qu’une suite affolante d'événements incompréhensibles. Soit, elle ne gardait pas trop clairs les souvenirs des premiers temps en ce monde si bizarre, mais Louis avait fait de son mieux pour éclairer ces manques. À vrai dire, l’ex reine de Sparte considérait que sa période de chasseresse solitaire avait été très enrichissante, ayant tâté pour la première fois, de cette vie et sûrement de l’autre, de la véritable liberté. Bien sûr, l’amour s’en mêlant, elle avait suivi son Louis. Au désert, celle qui fut considérée comme la plus belle des femmes (et sans doute une des plus sottes), avait prouvé posséder un singulier talent, qui avait sauvé les autres : trouver de l’eau. Très utile, vu les circonstances. Elle voulait remiser l’horreur d’avoir vu le roi occis par Achille, au plus profond de sa mémoire, en fin de comptes, tout avait fini par s’arranger et ils s’étaient retrouvés à sauf dans ces parages inconnus, d’exubérante beauté.

Bonheur paisible qui n’avait pas trop duré. Voilà que les trois hommes, avalés par un piège sournois, avaient disparu. À son désespoir, il fallait ajouter celui des autres et en plus leurs reproches.

C’est de la faute de Loulou ! Il est incorrigible !.

Louis est une vraie menace ! Il mérite une correction inoubliable !

Elles avaient raison mais ce n’est pas pour autant qu’elle allait les laisser casser du sucre sur le dos de son aimé. Faisant étal de son tout nouvel acquis caractère de sauvageonne hargneuse, la belle ravala ses larmes et affronta ses amies :

Il l’aura, sans doute, s’il vit encore…Achille s’en chargera, qui sinon !? Cela vous satisfait ? Dites ce que vous voudrez. Vous oubliez les bonnes choses qu’il a faites pour nous tous…sa gentillesse, son dévouement…c’est lui qui nous a réunis après qu’on s’est perdus…mais bien sûr, qui pense à cela quand on peut blâmer sa dernière gaffe !?

Sauf que pour une gaffe, celle là était plutôt catastrophique ! Heureusement que tant Sissi comme Amelia n’étaient rancunières. Après s’être boudées un moment, chacune de son côté, surtout pour pleurer à leur aise, les trois femmes s’étaient regroupées, convaincues que seule une unité solide pourrait les prévenir d’autres misères.

L’apparition des « chats » avait été une bénédiction. À quoi bon nier que sans eux, elles auraient été…très perdues ! Que Sage et Noble manquent à l’appel, les laissa présumer, optimistes, qu’ils avaient sans doute rejoint les hommes et que tôt ou tard, tous se retrouveraient. C’est fortes de cet espoir, qu’elles s’étaient mises en route. Vers où ? Nulle ne le savait. Les félins dictaient le mouvement. Elles suivaient. Ils faisaient une pause, elles se reposaient.

Cette fois, les deux hybrides semblaient décidés à en rester là pour la journée. On fit le bilan des provisions. Pas grand-chose. Elles n’avaient pas pu tout emmener. Le plus lourd de leur équipement était resté face à la pyramide.

Vais aller chasser…il nous faut quelque chose de plus consistant que cette espèce de canard qu’on a eu hier…Pas de souci, j’ai mon arc et mon couteau…si la prise est grosse…j’appelle !

Dodu à souhait ! Sans faire le moindre bruit, Hélène encocha la flèche et banda son arc. Avec cette prise, ils auraient tous à manger. Cela ne saurait pas la moitié de bien comme quand Louis le préparait mais la situation se prêtait mal aux chichis…Elle ne rata pas son coup. Ce qui se passa après lui sembla être la ridicule répétition de l’épisode de la biche qui l’avait si bruyamment opposée à Richard…sauf que là le sombre individu qui avait aussi fiché son trait dans « sa » proie, ne ressemblait en rien à l’anglais…

Ah non, alors !, rugit elle, furieuse, en bondissant des son buisson, C’est moi qui ai abattu cet animal !

La belle Hélène, reine de Sparte n’aurait sans doute jamais agi de la sorte mais il restait peu de cette femme éthérée et assez inutile. Hélène, la chasseresse, défendrait ses droits de premier arrivé…le fin justifiant les moyens, elle sauta sur l’intrus sans plus de préambules…Mal lui en prit. Il suffit à l’homme d’un adroit revers de bras, pour la mettre en très mauvaise posture. Plaquée au sol comme un insecte gênant, à moitié étouffée par la force de son bras, Hélène dévisagea son adversaire. Jamais elle n’avait vu un visage semblable, si froid et impassible…Des yeux pareils, bridés, sombres, dénués d’émotion.

Voleur…vous…vouliez prendre ma prise !, se trouva t’elle l’esprit de grogner en gigotant comme une dingue pour se défaire de sa poigne, lâchez moi…vais vous tuer…

Il se fichait pas mal de ses menaces.

Tes yeux sont si clairs... Cela veut peut-être dire que tu es malade... Et je ne tue jamais les fous ou les folles...

Malade ? Folle ? On lui avait dit beaucoup de choses mais jamais rien de semblable, cela ne fit qu’augmenter sa fureur.

La maladroite intervention d’Amelia n’arrangea rien. Sissi s’y prit avec plus de douceur mais il ne relâchait pas d’un poil son emprise. Il lui sembla percevoir la surprise ambiante quand les félins entrèrent en jeu. L’intervention d’Amelia évita que les autres ne leur fassent du mal.

L’air commençait à vraiment lui manquer, des points noirs valsaient face à ses yeux, peu apte à suivre le déroulement des faits elle entendit néanmoins une voix d’homme.

Mr. Miyamoto, pourriez-vous laisser cette jeune femme respirer, s’il vous plaît ?

L’interpellé finit par la lâcher. Elle se releva, prestement en se massant la gorge, invectivant le tel Miyamoto à voix basse. Le bonhomme ne semblait pas commode du tout. Pendant ce temps, Amelia, ravie déclinait identité et nationalité, ce qui sembla agir d’extraordinaire façon sur l’homme blond au sac à poissons.

Mrs Earhart ? LA Mrs Earhart disparue en… ? Ben ça… Euh, excusez-moi, je suis Neil Chesterfield anglo-américain né en 1972 et, sauf preuve du contraire, j’étais encore vivant il y a un an, de même que Mr. Chavez que voici.

Tiens, il semblait connaître Amelia. La date qu’il énonça ne lui disait rien mais enfin. D’un geste dénué de coquetterie, elle écarta les cheveux qui lui tombaient sur le visage et lissa sa courte tunique…et fut consciente des regards masculins braqués sur elle. Regardant tour à tour le dénommé Neil et Chavez, elle sourit un peu de travers.

La chance, vous étiez donc vivants…Nous, non. On est mortes il y a un bon moment…Je suis Hélène, fille de…Zeus et Leda, reine de Sparte. Comme dit toujours Louis…de l’histoire ancienne !

Cette présentation fit son petit effet, pas à dire ! Que Sissi en rajoute avec la sienne, provoqua un changement radical dans l’attitude générale. Celui qui l’avait plaquée au sol de si méchante façon se présenta à son tour, pincé.

Je suis Miyamoto Musashi, ronin de mon état.

Vais pas dire qu’enchantée mais enfin…

Le tel Neil était plutôt marrant. Il avait l’air dans tous ses états, présentant des excuses sur tous les tons pour l’accueil.

*Ouais !*, et elle se massa la gorge en décochant un coup d’œil de biais au sieur Miyamoto, d’impénétrable expression.

La question de la bête morte fut rapidement expédiée. Elles furent invitées à partager leur repas et acceptèrent. Cela faisait du bien de rencontrer des êtres civilisés…au détail près ! Tandis qu’Amelia et Chavez allaient récupérer leur équipement, le charmant Neil les guida vers leur campement. Trois hommes et une femme s’y trouvaient. Présentés tour à tour, ils semblèrent tous ébaubis…sauf la fille appelée Hopeman.

Chassez le naturel, il revient au galop ! Reléguant la sauvageonne si utile en second lieu, Hélène sourit. Juste un petit sourire de rien du tout, comme celui qui avait causé la perte de Troie…quoique peut être un peu plus discret. Poindexter et Pagitt, tombèrent pratiquement à ses pieds…bon, aussi à ceux de Sissi.

La reine de Sparte…si on m’avait dit qu’un jour !, s’ébahissait le tel Pagitt, la plus belle femme de l’Antiquité !

Oh…vous savez, ce n’est pas la grand chose, en fait cela m’a rapporté pas mal d’ennuis !

Quelle simplicité pour résumer le chaos de sa vie.

Touts voulaient en savoir plus, sauf Miyamoto, qui semblait s’en ficher comme d’une guigne et Hopeman qui préféra aller monter la garde. Au retour d’Amelia, elles levèrent leurs tentes mais avant de les rejoindre, Hélène crût bon donner son avis.


On devrait rester avec eux…à nous trois, même avec nos chats…on ne la mène pas large.

*J’aime bien qu’on prenne soin de moi…qu’on me protège…Louis, ce que tu me manques…*

Elles donnèrent un coup de main pour préparer le repas, question de démontrer que si elles restaient, elles sauraient se rendre utiles même si elle se doutait bien que se gens « modernes » ne verraient d’inconvénient à les choyer…royalement. C’est fou l’importance qu’ils semblaient attacher au fait qu’elle soit reine et que Sissi soit impératrice et qu’Amelia soit…Amelia.

Que de mieux qu’une réunion autour d’un bon feu pour se connaître. Ces six là, Neil et ses semblables, venaient de ce qu’ils appelaient le XXIème siècle. Le laconique aux yeux bridés venait d’un temps antérieur et comme elles, avait ressuscité…même si cela ne semblait pas le combler de joie.


Émoustillée par l’alcool ingéré, en guise de bienvenue, Hélène se trouva en train de raconter un peu de leurs vies.

Élisabeth et moi on s’est rencontrées au bord du fleuve. Je fuyais d’Achille, que j’avais…Oui, le même…Il y en a un autre ? Le grand guerrier…celui de Troie, il y a laissé la peau et m’en veut depuis…bon, même d’avant, mais cela n’a plus d’importance…Mais non, voyons, on peut dire qu’on est presque amis…À cause de Louis et de Sissi…et aussi de Richard et Amelia…, elle rit, pourquoi ? Parce que Louis est son meilleur ami…et mon…presque mari !...Louis ? Quel Louis ? L’unique…le seul…le Roi Soleil…Roi de France, qu’il dit…

Rien que penser à Lui, amena des larmes à ses yeux si bleus. Définitivement l’alcool ne lui seyait pas….Pas trop. Elle renifla. Trois mouchoirs se tendirent et tout bêtement cela la fit éclater de rire.

Vous êtes ce que Louis appellerait des gentilshommes…Vous en êtes, non ? Vous allez nous aider à les retrouver, n’est ce pas ?...On les a perdus oui…Raconte leur, Sissi…Tu t’y prendras mieux que moi…après tout…c’est Louis qui a bougé l’idole...Qu’est ce qu’il s’est passé ?...Le sol s’est ouvert et les a avalés…Ils ne sont plus revenus…mais je sais…j’en suis sûre…on va les retrouver…on doit le faire…

Après un profond soupir, elle se moucha discrètement et sans préavis se tourna vers Miyamoto dont on n’avait pas entendu la voix.

Et vous…avez-vous un but ? Cherchez vous quelqu’un ?

Sa voix, gutturale lui fit courir un frisson le long du dos.

Quant à moi, je ne cherche personne. Car je souhaite que ceux que j’ai connu, soient bien morts… tous morts.

J’espère,
assura t’elle, soudain très sérieuse, qu’il en sera de même pour la plupart de ceux qui ont jadis croisé mon chemin…mais quel est …

Il ne la laissa pas poursuivre, déclarant, sèchement :

Je suis prêt à tout pour savoir et comprendre les raisons de notre présence ici !

Hélène se leva, le dévisageant, ignorant en cet instant toute autre présence que la sienne.

Nous voulons tous la même chose…même si je sais qu’il en va de la volonté enjouée des Dieux…pour le savoir, il faudra les défier. Mais vous êtes un guerrier, je ne me méprends pas…d’un autre temps, d’un autre monde mais guerrier…Les Dieux les aiment…tout autant qu’ils ont un faible pour la guerre…Ils sont cruels, mesquins, tout puissants et omniprésents et celui-ci est Leur jeu.

Puis tout aussi soudain qu’elle l’avait habitée, la gravité l’abandonna. Levant le nez, elle flaira l’air doux de la nuit et assura, amusée :

On ferait mieux de se mettre à couvert…il va pleuvoir !
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Sissi

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MessageSujet: Re: La quête   Ven 4 Mai - 22:35

Sissi était rarement rancunière mais là, Louis avait exagéré. Par le démon qui le poussait sans cesse à toucher à tout, il avait séparé les couples. Hélène, de sa langue parfois déliée, le défendit avec force.
Il fallut se résoudre à rallier le camp où une longue attente stérile s’acheva avec l’apparition de deux de leurs copains à quatre pattes. L’impératrice fut folle de joie de retrouver sa Bagheera dont elle avait été sans nouvelle depuis la période glaciaire. Grâce à elle et Hermès, il n’y avait plus qu’à se laisser guider pour que, bientôt, d’autres retrouvailles aient lieu.
L’espoir au coeur, elles se mirent en route en déplorant de devoir abandonner beaucoup de matériel sur place.

Bien des heures harassantes de marche les ramenèrent à proximité du fleuve qui, dans ses abords immédiat, leur parut calme.
Hélène partit chasser. Pour une souveraine assez potiche avant sa renaissance, elle s’était beaucoup améliorée. Sissi, de par sa période sirène, était devenue experte à la pêche. Elle n’aimait pas trop tuer ses copains d’antan mais nécessité faisant loi...
Elle avait prélevé au fleuve juste de quoi assurer leur pitance du jour quand elle capta les échos d’un remue-ménage anormal. D’abord un cri animal puis…
Arrivée sur la scène en même temps qu’Amelia, elle vit un singulier conflit se dérouler. Hélène roulait au sol avec un homme vêtu d’un kimono noir qui prenait l’avantage. Mrs Earhart attaqua verbalement le chasseur en le traitant de sauvage.


Mon amie ne prétend pas que vous en êtes-un, soyez-en sûr. Et si Hélène, celle que vous risquez d’étouffer, vous a offensé, elle le regrette sûrement.

Paroles en l’air, l’Asiatique n’écoutait pas. Il était figé par l’apparition des « chats »
Par veine, nul ne leur tira dessus. Leur présence paisible apaisa les esprits.
Sissi s’amusa beaucoup des présentations qui suivirent l’altercation. Très marrant, quoiqu’assez insolite, de rencontrer des gens qui connaissaient leur histoire.


*Ça alors ? Des plus modernes qu’Amelia, et ils n’auraient pas ressuscité ? *

Le samouraï, identifié comme Miyamoto Musashi, faisait figure d’exception à ce groupe inédit.
On ne se posa pas trop le comment du pourquoi sur le coup. Fort galamment, le « chef » de ces gens les convia avec forces de courbettes à partager le sanglier abattu. Hélène et Sissi rencontrèrent alors les autres expéditionnaires qui s’ébaubirent de leur illustre présence.


Point d’étiquette, messieurs, dit-elle à ses admirateurs. Ces lieux étranges nous ont ramenés tous au même niveau ; aussi, je ne vois aucun inconvénient à aller préparer les poissons. J’en ai plusieurs dans ma musette.

Avec Amelia, en douce, elles se mirent d’accord pour se faire accepter par ces gens. N’étaient-elles pas que trois femmes seules ? Les chats-guides aidaient mais…

Plus tard, on bavarda à bâtons rompus autour d’un feu discret. Une bouteille d’alcool circula.
Cela faisait très longtemps que Sissi ne touchait plus cette boisson traîtresse. Elle avait bien failli en devenir dépendante quand son cher Franz la délaissait. Elle noya une goutte dans de l’eau, histoire de se laisser aller à une douce euphorie, sans plus. Amelia tint le choc du « vitriol » sans broncher tandis que la belle de Troie… en fit de belles. Ne voilà-t-il pas qu’elle prît le crachoir et déballât sans honte moult détails de leur frais passé de ressuscitées.
Sissi se garda bien de l’imiter. Qu’Hélène clame son amour pour Louis la regardait, elle. Ce qu’elle-même ressentait pour Achille ne regardait personne d’autre que son élu.
Blablabla ! Pas à dire, Hélène était en verve. Elle alla même, carrément, jusqu’à demander l’aide de ces gens pour les aider dans leur quête. Le rônin s’en trouva une, du coup :


Je suis prêt à tout pour savoir et comprendre les raisons de notre présence ici !

*Quand tu sauras, si jamais tu y arrives, ça te fera une belle jambe !* pensa Sissi même si, au fond, elle comprenait ses motivations.

Selon ce qu’elle savait des rônins, par ses lectures, était qu’ils étaient des samouraïs sans maîtres. Hélas, sa culture n’avait pas retenu le nom de Miyamoto. Ce samouraï avait-il perdu son seigneur, un combat ou fauté ?

*Au moins, il ne semble pas trop agressif…*

Et voilà Hélène partie dans une autre tirade où elle vantait les mérites des guerriers :

Vous êtes un guerrier, je ne me méprends pas… d’un autre temps, d’un autre monde mais guerrier… Les Dieux les aiment…tout autant qu’ils ont un faible pour la guerre…Ils sont cruels, mesquins, tout puissants et omniprésents et celui-ci est Leur jeu.

Là-dessus, comme une gentille grenouille, elle annonça la venue de la pluie. Sissi soupira :

Tu sembles oublier qu’ils ont aussi horreur que l’on change leurs plans ! *Demande à Achille, ce qu’il en pense !* Si nous désirons les défier, comme tu dis, il faudra être très malins.
Personnellement, je pense aussi que l’on joue avec nous. Néanmoins je reste persuadée qu’au moins quelqu’un est notre allié… Parce qu’il y a nos chats. Vous raconter comment on les a rencontrés demanderait longtemps. En tout cas, toujours ils ont été là pour nous guider à sauf… le hasard n’y est pour rien : c’est voulu… Je tiens ça de l’expérience. Mais, comme Hélène le signale : il va pleuvoir.


Les hybrides qui, jusque-là, s’étaient tenus sagement à l’écart en rongeant les épaules du sanglier, s’énervaient à présent.
La position en hauteur du campement était vraiment une aubaine car pour pleuvoir, il put !
Cela leur tomba dessus tel un paquet de mer. Saillante, drue, la pluie éteignit le feu. Un rideau opaque gêna la débandade qui se réfugia, en vrac, sous les abris de toile heureusement résistante.
Jamais l’impératrice n’avait connu un déluge pareil au point qu’elle fut à deux doigts de regretter ses écailles fraîchement perdues. Sans le torse puissant d’Achille contre lequel se blottir, elle ne savait vers qui chercher de l’aide. Le « hasard » auquel elle ne croyait plus l’avait contrainte à se retrouvée coincée sous une tente avec Amelia, Chavez, Chesterfield, Paggit et le rônin. Prévu pour 2, maximum trois personnes, l’abri était plein à craquer.
La promiscuité, quoique rassurante, devait en déranger plus d’un. Seule réflexe de consolation, Sissi agrippa la main d’Amelia :


Hélène avait raison : ILS sont omniprésents.

Comment penser autrement ? Un tel déferlement semblait vouloir démontrer le courroux divin.


Juste pour avoir osé suggérer de les défier… Ce n’est pas juste !

Bien que ses pensées volent vers son Achille, tremblant de tous ses membres elle en vint à prier tout bas le seul et unique Dieu en lequel elle croyait fermement sans oser imaginer ce qu’il adviendrait si la toile cédait.
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MessageSujet: Re: La quête   Sam 5 Mai - 16:43

Accueillir trois hôtesses de cette qualité troublait assez l’ex-maire du village. Il savait se comporter avec élégance dans les salons, avait fréquenté la haute société mais pas la noblesse où une étiquette stricte régnait. L’impératrice d’Autriche avait remis les pendules à l’heure en signalant :

Ces lieux étranges nous ont ramenés tous au même niveau.

Elle ne pouvait pas mieux dire. Il suffisait de voir les pauvres atours que ces jeunes femmes arboraient. Loin des fastes de leurs cours, sans caméristes et dames de compagnie collées à leurs basques, les reines en étaient réduites à être… ordinaires. Mais même ainsi démunies, on ne pouvait nier une prestance naturelle, une allure… royale.
Qui aurait pu imaginer ces altesses en train d’évider des poissons comme si rien ? Au moins, il fallait reconnaître qu’elles savaient se débrouiller dans leur nouvelle condition de pauvresse.

Afin de rompre d’éventuelles barrières, la bouteille d’alcool avait largement circulé. Tous burent avec modération. Cela n’empêcha pas la reine de Sparte d’être un peu pompette et de se livrer à des discours étonnants. Ainsi les compagnons perdus de ses femmes n’étaient autres que d’augustes personnages historiques. Hélène serait-elle vraiment la dernière conquête du grand coureur de jupons Français, Louis le Grand ? Elle en semblait très éprise. Qu’Amelia flirte avec le ténébreux Burton était somme toute « normal ». Dans sa vie « réelle », Mrs Earhart avait souvent démontré une propension à se démarquer du commun. Par contre, que la fine Elisabeth de Bavière tombe sous le charme du Héros de Troie laissa Neil assez pantois. Il n’osa pas penser « la belle et la bête » mais presque.
Cette discussion qui tenait quasi du monologue permit de situer un peu le parcours de ces femmes.
Le samouraï y participa, toujours à sa façon percutante, en deux phrases lourdes de sens.
Il désirait donc savoir le pourquoi de ces événements ? Tout ce que Neil désirait, en cet instant, était de récupérer sa Lind où qu’elle soit. Ensuite, ou avant, ils trouveraient les Walker puis… on verrait.
En tout cas, les dames paraissaient convaincues d’être manipulées par une ou plusieurs entités supérieures. Était-ce l’une des manœuvres de ces êtres que de leur expédier soudain des paquets de flotte sur la tronche ? Le fait est que le ciel était devenu opaque et qu’un vent sauvage débutait sa danse. Les tentes furent prises d’assaut à la sauve-qui-peut.
Se retrouver à six dans un espace prévu pour un duo coinça aux entournures. Pas que Neil désapprouve par trop une charmante promiscuité Mais, il y a des limites…
Sissi le lamenta un peu en donnant raison à Hélène sur le pouvoir des dieux supposés. Neil aurait bien voulu lui tapoter le dos de façon rassurante mais, serrés les uns contre les autres mieux que des sardines en boîte, il pouvait à peine bouger la main. À entendre le crépitement incessant et la fureur du vent, la tempête allait durer. L’inconfort devint vite intolérable. Etant rentré le dernier, Neil avait fermé la tirette et se trouvait le plus proche de la sortie. Il n’était pas spécialement téméraire et parfois des sacrifices sont nécessaires.
Sans demander l’avis de quiconque, il parvint à relever les crans de métal et s’éjecta dehors tel un bouchon sous pression.

Ça ira ! cria-t-il avant de refermer.

Vite dit, ça ! Dehors, un déluge de fin du monde sévissait sans discontinuer. Il faisait noir d’encre. Le sol devenu une soupe infâme freinait la progression. Se fiant à sa mémoire, Neil partit en aveugle vers une autre tente qu’il souhaita moins bondée.
Trois mètres, pas la mer à boire ! Sauf quand elle vous dégouline dessus.
Il pensait atteindre le point visé, avançant péniblement un pas après l’autre en luttant dans le déchaînement quand il dérapa. Bonjour la gadoue ! Bah, au diable la fierté, il rampa.
Désorienté par la chute, il prit la mauvaise direction et ne s’en rendit compte qu’avec l’accentuation de la déclinaison. Il était en train de ramper vers les bois !
Lutter à contre courant était illusoire. Le mieux à faire était de suivre l’écoulement du terrai et… d’espérer.
Un arbre freinerait la glissade. Avec un peu de chance…
Elle fut au rendez-vous assez crument. Après plusieurs culbutes, son dos rencontra un tronc et son crâne subit un choc saignant. À moitié sonné, il vit trente-six chandelles ou en tout cas beaucoup. Tiens ? Les flammes vacillaient, ondulant bizarrement. Entre les rafales hurlantes, Neil crut percevoir… une musique.


*C’est pas mon anniversaire, et les bougies ne chantent pas, quoique…*

Ça trompetait de plus en plus fort ! Le dieu de l’orage en fut-il assourdi ? Le résultat méritait le coup d’œil. Sous le souffle claironnant des « bougies » le ciel s’ouvrit. Comme dans un film en marche arrière, les gros nuages refluèrent laissant apparaître un soleil éclatant sur un fond d’azur pur.

*Mais il devrait être minuit…*


Dans une dernière vision brouillée, Neil découvrit un horizon hallucinant. À moins de cinq mètres de ses pieds s’écoulait une immensité liquide tourmentée. La majorité du bois avait disparu sous l’eau. Il devait remonter et raconter ça aux autres. Les forces lui manquèrent, il demeura contre le tronc sauveur, évanoui.

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MessageSujet: Re: La quête   Mer 9 Mai - 17:23

    La promiscuité avait toujours était quelque chose dont le japonais avait en horreur. Son instinct considérait cela comme une source de danger et absolument pas une protection. Mais c'était peut-être la manière dont certains humains luttaient contre l'ennui.
    Sous cette toile, vague protection contre une pluie torrentielle, il se retrouvait coincé entre des demoiselles dont la peur, s'ajoutant à l'alcool, rendaient terriblement bavardes.

    Seul le blondin échappa au piège, en prétextant l' acte désintéressé de laisser sa place. Le japonais l'envia. Il semblait que les hommes de l'ouest cultivaient un gout pour les actes gratuits, stupides et en l’occurrence... passablement suicidaires.

    Et au bout de quelques instants, sans lever les yeux, il parla comme à lui-même, comme si il était seul...

    Je vais voir si il n'est pas tombé dans un trou d'eau

    A l'extérieur, il fut accueillit par une formidable rafale. A travers un rideau de pluie, il put apercevoir les deux étranges félins. Et pour la première depuis sa résurrection il rit devant le spectacle de ces deux félidés ressemblant à des tapis de bains publics.

    Il s'inclina malgré la pluie.

    Je ne cherche à mettre en cause votre majesté. Mais... vous feriez mourir de rire les Dévoreurs d'âmes dans les abimes.

    Puis il jeta un regard circulaire. Il n'y avait aucun moyen de se repérer. Musashi savait que si il s'éloignait des tentes, il les perdrait rapidement de vue. Et pendant un instant très, il eut l'intuition de la route qu'avait pris le Blondin... forcément à l'opposé des tentes. Il jeta un regard à l'un des félins...

    Si tu es un présent des divinités de ce pays... Tu dois savoir par ou est parti cet idiot...

    La créature eut un grognement qui ressemblait à une approbation... Musashi sourit dans le déluge.

    Voici la conversation la plus intéressante depuis mon retour à vie.

    La créature l’orienta vers une portion du terrain s'étant littéralement effondré sur lui-même. La pluie avait formé un torrent de boue encore plus dangereux que le déluge lui-même.
    Musashi jeta un regard amusé sur le félin...

    Si ce n'est pas la bonne route. Je ferrais de tes dents un jeu d’osselet.

    La créature grogna, signifiant que le marché était honnête. Musashi leva les yeux vers le ciel, passant un pacte muet avec ses divinités personnelles... puis il se laissa glisser le long de la pente, comme si cela était un jeu enfantin.

    Pour un japonais médiéval, ayant passé son enfance et une partie de son adolescence plus souvent dans les bois que parmi les hommes, le spectacle de la nature ne pouvait l’effrayer.
    Pourtant, assister à la naissance accélérée d'un fleuve était bouleversant. Puis son attention fut attirée par un corps sur le bord de la rive, menaçant à chaque instant d'être emporté par un courant montant.

    Musashi l'attrapa par le revers de sa veste et le traina comme un sac. Puis au bout de quelques mètres. Il se tourna pour s’adresser au "sac".

    Tu ne voudrais pas mourir ici, si misérablement ... sans savoir qui sont les faux dieux qui se jouent de nous...
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Amelia Earhart

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MessageSujet: Re: La quête   Sam 12 Mai - 1:48

La diplomatie n’était pas son fort, il fallait l’admettre et vivre avec. En tout cas, ce n’était pas Amelia qui allait s’en faire de la bile. L’asiatique finit quand même par laisser aller Hélène . Le gars aux poissons semblait plutôt surpris après sa présentation.

Mrs Earhart ? LA Mrs Earhart disparue en… ?

1937…le 2 juillet, si la mémoire ne me fait défaut !

Plutôt bizarre parler de sa mort comme d’un quelconque événement….m’enfin !

Ben ça… Euh, excusez-moi, je suis Neil Chesterfield anglo-américain né en 1972 et, sauf preuve du contraire, j’étais encore vivant il y a un an, de même que Mr. Chavez que voici.

Je vous félicite, Mr. Chesterfield, quoique veuillez remarquer que je suis tout aussi vivante que vous…mais enfin, singularité de cette histoire. Voues êtes les premiers modernes « non morts » que nous croisons…mais je vous en prie, que ce fait ne vous gêne pas.

Le tel Chavez se contenta d’un hochement de tête mais l’asiatique inclina roidement le buste avant de dire quasi à contre cœur.

Je suis Miyamoto Musashi, rônin de mon état !


Ah !...enchantée !

L’homme n’attendit pas son reste et alla s’occuper du sanglier, cause de la dispute. Déjà, Sissi et Hélène se présentaient, causant un fameux charivari. Charmant, Chesterfield tint à les convier au dîner de ce soir. Escortée de Chavez, elle alla récupérer leur équipement pour se joindre après à leurs hôtes de fortune.

*Tiens, Miss Sparte retrouve son charme …ça causera des ravages !*

Sissi par contre se montrait majestueusement discrète. On l’accueillit chaleureusement.

*Quand la réputation nous précède…rien à faire !*

Elle ne fut pas sans remarquer la froideur de l’unique femme du groupe. Une espèce d’amazone moderne, armée jusqu’aux dents, au regard froid et incisif. Femme-soldat, Hopeman encaissait néanmoins assez mal avoir de la concurrence sur place. Ces messieurs Poindexter et Pagitt, les lettrés de service, surent s’y prendre, avec grand art, il faut le dire, pour connaître un peu plus sur leur singulier parcours. Détails furent livrés, sans trop s’épancher. Cela devrait suffire pour remédier à leur curiosité.

Réunion autour du feu. Sans doute pour fêter cette rencontre inédite, sans protocole, une bouteille circula. Amelia qui en avait vu d’autres et bu aussi d’autres, ne fit pas de chichis à l’heure d’enfiler un coup, restant comme si rien. Sissi y goûta à peine mais Hélène, la douce enfant, peu habituée aux boissons fortes, fit les frais de la modernité…

*Bon sang…les blondes et l’alcool !*

Désinhibée par un peu de whisky, voilà que la belle de Troie, dévoilait l’intimité de leurs vies.

*S’ils s’en font pas, des idées…*

Tant pis ou tant mieux, comme cela on s’épargnerait d’avoir à raconter plus d’histoires. Elle était très fière d’être la femme de Richard et se fichait comme d’une guigne de ce que pourraient penser les autres, parce que pour penser, ça allait bon train, là ! Mais bien sûr donner une ou deux précisions étant de bon aloi, elle mit son grain de sel.

Tout le monde y mettait du sien. Sauf le taciturne samouraï sans maître. Celui là semblait avoir plutôt du mal à coller dans le décor. Morose, et c’était peu dire, le japonais faisait remarquablement sentir qu’il était juste par un manque évident d’alternatives viables. C’était quand même sans compter avec la perspicacité, très soudaine, d’une Hélène, définitivement en verve, qui incita, enfin, que l’homme prenne la parole :

Je suis prêt à tout pour savoir et comprendre les raisons de notre présence ici !

Amelia ne put s’empêcher de remarquer avec humeur.

Vous ne serez ni le premier ni le dernier avec cette intention…Nous voulons tous des explications, cela va de soi, sauf que Ceux qui peuvent nous les donner ne semblent avoir d’autre envie que semer notre chemin d’embûches.

Revenant sur le thème de ces divinités caractérielles Hélène, qui avait de l’expérience rapprochée avec ce genre d’intrigues, déclara que celui-ci était Leur Jeu et Sissi, se voulant conciliante, largua un petit speech très bien tourné :

Tu sembles oublier qu’ils ont aussi horreur que l’on change leurs plans ! Si nous désirons les défier, comme tu dis, il faudra être très malins. Personnellement, je pense aussi que l’on joue avec nous. Néanmoins je reste persuadée qu’au moins quelqu’un est notre allié… Parce qu’il y a nos chats. Vous raconter comment on les a rencontrés demanderait longtemps. En tout cas, toujours ils ont été là pour nous guider à sauf… le hasard n’y est pour rien : c’est voulu… Je tiens ça de l’expérience. Mais, comme Hélène le signale : il va pleuvoir.

Et il plut !. Pas une gentille pluie rafraîchissante, un déluge en bonne et due forme. Tant et si bien que ce beau monde courut se réfugier à la comme on peut là où il put.

*Une sardine…deux sardines…ça fait trop de sardines pour cette boîte !*

Plus serrés, impossible. Que n’avaient ils pu se partager de meilleure façon ? Si elle avait bien compté, le groupe d’accueil était fait de 7 personnes. Ils étaient 6, serrés étroitement, sous cette micro tente. Ce qui donnait que dans l’autre tente, Hélène, qui manquait à l’appel des sardines, devait régaler les deux érudits de service et l’amazone avec Dieu sait quelles histoires épiques…très à l’aise, sans aucun doute.

*Dick…si tu avais été là…Où diables es tu !?*


S’interdisant de se laisser aller au sentimentalisme, elle sera fort la main de Sissi, qui avait besoin d’être confortée.

N’y pense plus…Tout va aller bien. On va les retrouver et un jour aussi on saura le fin mot de cette embrouille…*S’il se trouve...ça ne va nous avancer en rien !*

Et voilà, que mû par quelque élan solidaire ou tout juste parce qu’il était claustrophobe, Mr. Chesterfield décidait d’aller faire un tour dehors. Drôle d’idée, à l’avis d’Amelia.

Il va sans doute aller sous l’autre tente…aurait fallu y penser plus tôt, avec ce qu’il tombe !

Parce qu’il ne s’agissait pas d’un simple orage, c’était une tempête sauvage celle qui s’abattait sur la nature.

On se regarda sans se décider à parler, ce fut, incidemment, Mr. Miyamoto qui rompit le silence en annonçant qu’il allait chercher Neil.

Je vais voir si il n'est pas tombé dans un trou d'eau.

Le samouraï sorti, on s’accommoda un peu plus à l’aise. Avec un soupir, Amelia dévisagea ses compagnons d’infortune. Sissi, Chavez et Browning.

Espérons que cela passera vite !


L’écho rencontré fut plutôt pauvre. Sissi émit le même vœu mais ces deux messieurs furent plutôt laconiques à moins qu’ils ne fussent trop timides pour parler, quoiqu’en y pensant bien, se trouver là avec deux femmes mortes depuis longtemps avait de quoi incommoder n’importe qui.

Oubliez un peu les faits bizarres et racontez nous plutôt où en est le monde…depuis 1937 il a dû se passer quand même quelque chose d’intéressant !

Voilà de quoi délier les langues des deux hommes. De timides silencieux, ils se transformèrent en bureau d’information et il faut dire que les deux femmes en apprirent des belles et des pas si belles que ça…

QUOI ? Une guerre mondiale ?...Nous avons gagné, déjà ça… C’est affreux ce que vous racontez, là…L’être humain ne changera donc jamais !?

Guerres, misère, famine…l’histoire de l’Humanité ne variait guère que par les armes employées pour se décimer. Le fond demeurait le même. Tour à tour, Browning et Chavez, bons connaisseurs, dirait-on, de la violence moderne, brossèrent un tableau peu encourageant du monde tel qu’il était quand ils l’avaient quitté, à la veille d’un nouveau millénaire.

Comme quoi, on peut presque se réjouir d’être ici…même si ce n’est pas toujours la joie…Il me semble que la pluie décroît…je vais sortir voir ce qu’il en est…pas de souci, Sissi…ce n’est pas un peu d’eau qui nuira…suis habituée…à la flotte !

Sur cette petite ironie, elle quitta la tente. Comme supposé, la pluie avait cédé en intensité et étrangement il faisait jour mais celui là fut le moindre de ses soucis en découvrant les changements opérés dans ce paysage si paisible moins de deux heures auparavant. Un fleuve déchaîné et bouillonnant rongeait rapidement les flancs de leur tertre. À moins d’un miracle, cette crue extraordinaire les emporterait tous sans remède. Ce n’était pas le moment de perdre la tête, surtout qu’elle venait d’apercevoir Miyamoto tractant ce qui, à première vue, avait l’air d’un cadavre. Impossible de se méprendre sur l’identité du « mort », ces longues jambes ne pouvaient appartenir qu’à…

Mon Dieu, Chesterfield…

Bravant la force du vent, les rafales de pluie, elle avança vers les deux hommes. Neil était à moitié dans les vapes mais vivant. Sans poser des questions, Amelia aida à transporter le jeune homme à l’abri. La première tente à portée de main était celle où s’étaient réfugiés la belle de Troie et ses admirateurs ébaubis.

Il s’est pris un drôle de coup à la tête…Voilà…il revient lentement à lui…Occupe toi de lui, Hélène, ne le laisse pas bouger, ces coups sont traîtres…Messieurs…si je peux compter avec votre présence, je vous prie…vous aussi Mr. Miyamoto !

Sans trop comprendre ce qu’elle voulait, les trois hommes la suivirent.

Inutile de nous étendre sur causes et effets…là, nous avons un terrible problème…Seul le fait d’être en hauteur nous a sauvés, pour le moment…inutile de vous dire ce qui se passera si l’eau continue de monter, non ?

Aucun besoin de faire un dessin, tous comprirent au quart de tour. Sans doute le style Richard pour gérer des situations émergentes avait déteint sur elle.

Sans vous commander, messieurs…là, on se bouge !!! Il faut préserver l’équipement, impossible de savoir quand on pourra avoir accès à une autre Pierre…Voyez, la pluie s’arrête…avec un peu de chance…

Deux heures plus tard, on put faire un bilan serré de la situation. Bois noyés à perte de vue, un fleuve impétueux les cernant de partout. Tertre isolé au milieu des eaux, le leur ressemblait, en sens ludique faute de mieux, à une triste arche et eux à un non moins triste échantillon d’humanité échoué au milieu d’un rien innommable…
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MessageSujet: Re: La quête   Sam 12 Mai - 20:20

Comme soirée, Sissi en avait connues de plus amusantes en compagnie d’autres historiques. Pas que les « modernes » manquent de tact ou d’entrain mais être regardée comme une bête curieuse ne plut pas à l’impératrice d’Autriche. Les questions posées autour d’un feu discret ne tendaient-elles pas à mettre ces femmes en faute, à prouver qu’elles mentaient quant à leurs origines ?
Quoique assez naturelle cette attitude suspicieuse n’en demeurait pas moins blessante. Les dames avaient convaincu leur entourage, c’était déjà ça.
Était-ce encore une vengeance des dieux prônés par Achille et Hélène que de subir ensuite un véritable déluge ? Peu importait. Le fait était là, et tous le subissaient.
Chacun ayant couru à l’abri le plus proche, celui-ci devint rapidement plein comme un œuf.


* Achille, pourquoi n’es-tu pas là ? *

Devinant ses pensées, Amelia se montra réconfortante en lui prenant la main :


N’y pense plus…Tout va aller bien. On va les retrouver et, un jour aussi, on saura le fin mot de cette embrouille…

Oui, ce serait intéressant de savoir, surtout pour faire cesser la succession des calamités qui leur tombait dessus. Une vie banale, était-ce trop demander ? Souvent, au creux des bras aimés, elle en rêvait, heureuse de partager avec lui des vivions idylliques futures. Elle préféra ne pas trop s’appesantir là-dessus au risque d’une nouvelle crise de mélancolie.

*Achille ‘apprécierait pas de voir ton côté de faible femme. Sois à la hauteur, Sissi !*

On put bientôt respirer plus à l’aise sous la toile bizarre où ils s’étaient entassés quand le « chef » du groupe moderne s’en éjecta, bientôt suivi par le Japonais. À seulement quatre, on put se détendre.
Amelia engagea la conversation avec les dénommés Chavez et Browning.
Ainsi une autre grande guerre entraînant toutes les nations du monde avait encore eu lieu ? Amelia lui avait parlé de celle de 1914, déjà affreuse ; la nouvelle avait été pire.
Une accalmie se produisant, la bouillante Mrs Earhart décida d’aller voir où en étaient les autres.
Coincée avec les deux hommes, Sissi ne savait quoi leur raconter. Les rafales cessèrent enfin, leur permettant d’émerger.
Dehors, un spectacle hallucinant les surprit. Boueux et tumultueux, un fleuve immense entourait la colline de toute part. Bagheera vint immédiatement se coller à ses jambes. Machinalement, Sissi lui caressa la tête en se remettant doucement du spectacle inédit.


Tu as vu ça, ma belle ? C’est incroyable !

Au centre du plateau, Amelia discutait avec un trio d’hommes auquel se joignirent Chavez et Browning. Trois personnes manquaient à l’appel. S’en faisant pour Hélène, Sissi se rassura quand la femme soldat sortit d’une tente, affirmant que Chesterfield se remettrait d’un coup à la tête et qu’Hélène le veillait encore.
Selon les ordres d’Amelia, on s’activa. Il fallait surveiller les abords immédiats de l’îlot et faire un inventaire précis du matériel. Toutes les demi-heures, on ferait le point.
Par solidarité plus que par curiosité, Sissi alla jeter un œil sous la tente de son amie.


Ça va ? Tu veux un coup de main ou que je te relaie ?... Que s’est-il passé ?

Elle apprit ainsi les mésaventures de Neil que le samouraï avait remonté d’une position précaire. La belle ne voulant pas le laisser seul, Sissi gagna un poste d’observation.

Leur périmètre de liberté était maintenant très limité d’autant qu’il allait falloir le partager avec plusieurs espèces animales qui s’y étaient réfugiées. S’ils étaient condamnés à rester longtemps sur place, les humains ne mourraient pas de faim. Peu de végétation haute avait survécu alentour. De loin en loin, on apercevait d’autres îlots soit aussi pelé que le leur, soit plus verdoyants.
Longtemps, Sissi contempla les flots tourmentés qui rognaient le pourtour de leur abri solide.


*Pourvu que ça cesse !*

Lorsqu’elle retourna au centre, un feu y dégageait beaucoup de fumée. Tout avait été détrempé par l’averse, il faudrait du temps pour que ça sèche. Divers objets avaient été récupérés de la gadoue, on les nettoierait à l’occasion.
Chacun donna son évaluation après qu’un Chesterfield chancelant les ait rejoints.


Pour ma part, j’ai pu voir quelques sangliers égarés ainsi que plusieurs lapins. L’eau ne monte plus depuis un moment, le courant est moins fort.

Les avis concordaient. Cependant l’érosion se poursuivait à un rythme tel qu’il était alarmant.

On devrait tailler des pirogues,
suggéra Chavez.

Avec le peu de moyens dont ils disposaient, construire une unique embarcation pour tous tenait du rêve. Des individuelles, par contre…

Mais peu d’arbres conviendraient, signala-t-elle aussi déconfite que la majorité. D’autant que les flots charrient des tonnes de choses…

Pendant son observation, Sissi en avait vu flotter des bois et des cadavres… aucun n’était humain. D’après l’expérience de Louis, les morts disparaissaient puis revenaient à la vie ailleurs. Les animaux n’avaient pas droit à cette « chance », eux ! Elle en avait vu des dizaines, pattes en l’air, ballottés telles des baudruches. Certaines dépouilles étaient retenues par les branches d’arbres noyés, juste à leurs pieds. On pouvait compter sur Hermès et Bagheera pour faire le ménage, mais… l’eau risquait d’être aussi impropre à la navigation qu’à la consommation.
À défaut de mieux, les hommes se décidèrent à abattre un des arbres, pour essayer quelque chose.
On délégua les femmes à la cuisine. Chasse au petit gibier et cueillette leur convint.
Par une longue pratique des bois, Sissi connaissait les collets par cœur. Avec Hélène, elle en posa dans divers endroits mais, sans cesse, son regard se tournait vers les eaux agitées. Achille et les autres avaient-ils subi le même sort ?
Rêveuse, elle laissa errer son regard sur l’étendue liquide puis crut rêver en entendant qu’on l’appelait. Hélène aussi avait entendu quelque chose et ce fut elle qui pointa l’index dans la direction du cri. Pas de doute, la tête qui s’agitait plus loin lui était familière.


C’est un de mes amis ! dit-à à sa compagne un peu ahurie.

Les sons qu’elle émit ensuite firent grimacer la Grecque. Entre deux émissions, elle traduisit :

J’ai peut-être perdu mes écailles mais je sais encore la langue des aquatiques… Je lui ai demandé s’il allait bien et s’il pouvait aller regarder nos fondations, en faisant attention.

L’animal, une sorte de dauphin d’eau douce, ne tarda pas à revenir au rapport. La figure que tira Sissi obligea la belle de Troie à la secouer pour qu’elle s’explique.

Je… C’est grave oui ! Attends !

Une autre série de cris bizarres vola en direction du dauphin qui cliqueta en retour avant de disparaître.
Très pâle, Sissi se tourna vers Hélène :


Dans deux jours maximum, on coulera ! Je lui ai demandé de l’aide, il va chercher mais…

Les deux femmes décidèrent de taire cette annonce aux hommes. Seule Amelia méritait leur totale confiance.
En aparté, elles se mirent d’accord pour surveiller à tour de rôle le bord où était apparu le dauphin.
Pour que leur manège ne se remarque pas trop, deux œuvrèrent pendant que la 3ème jouait les vigiles avec mission d’avertir Sissi au cas où elle ne serait pas de faction.

La nuit tombait. Une belle flambée réchauffait de l’humidité tandis que des lapins cuisaient au tournebroche. Les hommes étaient assez satisfaits de leur ouvrage même si plusieurs paumes souffraient d’ampoules.


… Hélène ? Elle va venir. Les dames ont parfois besoin de s’isoler… Une heure ? Vraiment ? Je vais aller la chercher. Non, ne vous dérangez pas. Je sais où elle est.

Elle s’échappa avant que d’autres questions ne fusent. À mi-parcours, Sissi aperçut la belle qui courait vers elle. Le copain de l’ex-sirène était au rendez-vous. Ce qu’il lui raconta la sidéra.
Maints remerciements plus tard, les jeunes femmes rentrèrent au camp. Comment annoncer ça à la ronde ? Bien plantée sur ses pieds, son petit menton dressé, elle attaqua :


J’ai une mauvaise puis une bonne nouvelle à annoncer. La mauvaise est que l’on sera sous l’eau dans moins de deux jours… Je le sais parce que, euh… J’ai des amis poissons… Je vous interdis de me prendre pour une folle ! Hélène et Amelia savent de quoi je parle : j’ai été sirène plusieurs mois… malédiction ? Je n’en sais rien, mais on s’en moque.

Oh, là, là ! Le beau tollé ! Ils avaient l’air plus intéressés par son ancienne métamorphose que par l’urgence de la situation. Le samouraï, épaulé par Amelia, ramena le débat vers les vraies questions.

J’ai demandé de l’aide à mon ami. Il est revenu ce soir m’informer d’une solution… Oui, Mr. Paggit, c’est pour ça que nous nous sommes alternées aux corvées… Flémardes ? Si j’en crois l’état de vos mains, elles n’ont pas beaucoup servi aujourd’hui ! Vous la voulez oui ou non de cette solution ?

La moutarde lui montait au nez. Chesterfield calma les choses, elle put poursuivre :


On m’a conseillé de construire rapidement une nacelle et de l’accrocher le plus haut possible… Ben oui, c’est tout. Vous vous attendiez à quoi ? À la charge de la cavalerie ?

Ça discuta ferme, les avis étaient très partagés. Qu’ils la croient ou pas était leur souci. Pour les dames l’affaire était claire. Elles le prouvèrent en quittant immédiatement l’assemblée pour tenir un conciliabule, en raflant au passage leur pitance cuite.
L’obscurité naissante empêchait l’ouvrage mais les papotages.
Leur décision était prise.

Dès l’aube, elles se mirent à l’ouvrage. De l’arbre abattu par les hommes, elles prélevèrent lianes et branches souples. Leurs propres cordages y passèrent. Cela tressa vivement tandis que les irréductibles taillaient des troncs d’arbre.
N’avaient-elles pas emprunté une autre nacelle, celle d’une montgolfière ? Amelia qui avait participé à sa confection donna de judicieux conseils.
Pas égoïstes, elles se servirent des rebuts possibles pour faire un plancher solide destiné à tous. De temps à autre, Sissi alla consulter le fleuve afin d’en savoir plus sur le secours escompté. Nul ne lui répondit, hélas.
Les dames firent leur tambouille à part ainsi que leur ouvrage. Si elles reçurent de l’aide, elles l’apprécièrent.
Quand à la fin de cette journée laborieuse, le territoire solide se raccourcit de moitié, elles virent Chesterfield s’approcher. Une seule pirogue digne de ce nom avait été taillée. Si les prédictions étaient justes…
On accepta la reddition et s’activa davantage.

Un système ingénieux se déploya pour hisser le gros cordage à la cime d’un arbre. Hélène moulina la cordelette du lest de fortune avec une habilité incroyable. Il leur suffit de tirer sur le bois pour que le reste suive.
Il fallait se hâter, tout autour d’eux partait au bouillon.
Tassés dans la nacelle improvisée, fourniment et chats mêlés, on attendit l’inévitable.
Chavez grogna une remarque au sujet d’extraterrestres qui surgiraient pour les soulever.
Ignorant de quoi il s’agissait, Sissi haussa les épaules :

Si par extraterrestre vous entendez oiseau, alors on est servi.

Le condor est le volatile le plus grand du monde normal. Ayant déjà eu affaire à un dragon, les dames ne s’étonnèrent pas trop de voir l’envergure la plus gigantesque qui soit se déployer dans le ciel et, serres ouvertes, venir vers elles. Un arrachement plus tard, on vola…


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Hélène, la belle de Troie

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MessageSujet: Re: La quête   Mar 15 Mai - 22:58

Confirmant l’exactitude de ses prédictions, il ne tarda rien à pleuvoir. Sauf que personne ne s’était attendu au déluge qui se déversa. Avec grande célérité, tous cherchèrent un abri. Par quel hasard ridicule se trouva t’elle coincée dans une de tentes avec ceux là ? Hélène n’aurait su le dire mais en son for interne maudit copieusement sa malchance. Deux érudits curieux et la femme-soldat dont la mine enragée promettait bien de joies.

Que lui avait il pris tantôt en parlant comme une pipelette indiscrète ? Louis l’avait pourtant avertie sur les effets de certains alcools « modernes ». Pas à dire, elle en avait fait les frais avec grand éclat. Ramenant ses genoux sous le menton, en attitude fermée, la belle se promit de se tenir coite. C’était sans compter avec la sélecte assistance. Le premier envoi fut bilieux à souhait, venant de la femme-soldat qui ne lâchait pas son arme.


Tu peux commencer par raconter la vérité ou penses tu que nous allons gober de pareils bobards ? Qui va croire que tu es celle que tu prétends et que tes complices sont…

Hélène soupira, sans bouger de sa place ni changer de position.

Pense ce que tu voudras. Je suis ce que je suis et rien n’y changera.

Hopeman grommela quelques mots qu’elle ne parvint à saisir, préférant se tourner vers les deux hommes qui n’avaient pipé mot mais qui la contemplaient ébaubis, charmés sans doute par la blondeur de sa courte chevelure, la beauté de ses traits, l’indéniable perfection de son anatomie toute entière. Rien n’avait changé. Peu importait le temps ou l’époque, les hommes étaient et seraient toujours pareils.

Et vous, messieurs, doutez vous aussi de mon identité ?, le tout débité d’un ton suave et accompagné d’un papillonnement discret de cils.

Majesté…, commença Pagitt.

Cela fait très longtemps que je ne le suis plus…j’ai renoncé à cela en abandonnant mon époux Ménélas, veuille t’il croupir en enfer…appelez moi Hélène, cela rendra les choses plus faciles !

Vous comprenez, Hélène, intervint Poindexter, qu’il est un peu difficile d’accepter un fait si remarquable comme si rien…si on doit en croire à l’histoire vous seriez…

Morte depuis très…très longtemps. Croyez moi, j’ai bien été la première surprise en revenant à la vie. Tout ce que j’ai eu l’heur de raconter tantôt n’est que la stricte vérité. Quelles preuves pourrais fournir à l’appui ? Aucune autre que ma parole et celle des mes amies…c’est à prendre ou à laisser.

Elle ne fut guère surprise par la suite. Ces deux hommes étaient décidés à avoir le fin mot de l’histoire et la soumirent, mine de rien, à un interrogatoire serré. Leurs connaissance de l’histoire était étonnamment vaste, riche de détails. Eux l’avaient étudiée, cette histoire. Hélène, elle, l’avait vécue. Sans mal, ses répliques posées et pleines d’assurance, vainquirent peu à peu la réticence première.

Paris avait tué Achille, si les Grecs nous mettaient la main dessus… Nous avons alors fui, à merci de cette nuit épouvantable, Enée était notre guide…Mes liens avec la Grèce étaient définitivement brisés. J’avais fait une élection et ce n’était sans doute pas la meilleure…mais enfin…

Dehors, il pleuvait toujours quoiqu’avec moins d’intensité. Hélène ne voyait le moment de rejoindre Amelia et Sissi, lasse d’être soumise à la Question, même si de façon charmante et un peu embarrassée. Le salut vint en la personne de l’aviatrice et l’asiatique imperturbable qui ramenaient le chef de l’expédition aux trois quarts évanoui.

Par Zeus…que lui est il arrivé ?

Il s’est pris un drôle de coup à la tête.

En tout cas le pauvre homme semblait reprendre peu à peu ses esprits.

Occupe toi de lui, Hélène, ne le laisse pas bouger, ces coups sont traîtres.

Et sans plus, sortit , les trois hommes à sa suite.


*Mince, du Richard tout plein…ça déteint !*

Hopeman, vexée de ne pas avoir été prise en compte s’approcha et examina brièvement son boss.

Il se remettra, il a la caboche dure !

C’est tout ce qu’on lui entendit dire, peu après, de son propre chef, elle quitta la tente. Avec un soupir résigné, Hélène se pencha vers Neil qui ouvrait les yeux, hagard et assez paumé.

Ne bougez pas, restez tranquille…non je ne suis pas…Lind…mais Hélène. Tout doux, là…du calme !...Qui est Lind ?...ah, votre femme…elle est perdue elle aussi !? *C’est une habitude récurrente dans ce monde, que de se perdre !?*…moi aussi, j’ai perdu mon Louis…Il me manque affreusement aussi…Non, je ne sais pas ce qui se passe dehors…Oui, il pleut toujours !...

Faute de mieux, elle caressa ses cheveux si courts en songeant aux longues boucles de son roi bien aimé et cherchant des yeux quelque chose pour éponger son front en sueur. Une chemisette roulée dans un coin faisait son affaire. Elle n’eut qu’à sortir un instant sa main hors de la tente pour la mouiller.

Très doucement, elle épongea son visage, le nettoyant de la boue qui le couvrait. Un bel homme, constata t’elle. Cette Lind qu’il appelait dans son semi-délire avait bien de la chance.

Chesterfield sembla apprécier ce traitement, son semblant se détendit mais ce n’est pas pour autant que son délire cessa, parce que ce ne pouvait être autre chose que cela, tout ce qu’il racontait, en mots hachés…Des bougies qui dansent et chantent? Que le ciel était d’un bleu splendide ?...


C’était vraiment un coup très moche…calmez vous. Tout va aller bien.

Il avait soif, elle dénicha une gourde et le releva pour l’aider à boire après quoi il sembla aller un peu mieux. Rallongé, il ferma les yeux. Hélène épongeait toujours son front quand Sissi fit son apparition.

Ça va ? Tu veux un coup de main ou que je te relaie ?

Oui, ça peut aller. C’est gentil d’y penser…mais je m’arrange.

Que s’est-il passé ?

Je n’en sais trop rien, Amelia et le drôle qui a failli m’étrangler l’ont ramené tantôt, il a dû se prendre une branche sur la tête…quelle idée de sortir se balader par ce temps !... Tu veux aller voir ce qui se passe ?...Vas-y…ne te fais pas de souci, je m’occupe de lui !

Restée de nouveau seule avec son patient, elle le trouva un peu plus alerte.

Ça va mieux ?...À part une belle bosse, je pense que vous survivrez…euh, oui, vous avez parlé un peu, rien de compromettant, croyez moi…de Lind…N’y songez pas, à un malheur…vous saurez la retrouver…tout comme nous les nôtres…

N’entendant plus le crépitement de la pluie, Hélène supposa que le déluge avait cessé. Des voix, énervées lui parvenaient. On discutait ferme, là dehors. Amelia se faisait écouter. Alerté, lui aussi, par le ton de la conversation, Chesterfield voulut se lever et sortir voir lui-même de quoi il s’agissait.

Allez y doucement…je vous aide…rien ne presse, personne n’ira nulle part sans vous…*ni sans moi…j’espère !*

Le spectacle de dévastation qui s’offrit à leurs yeux en quittant la tente les sidéra tous deux. Les bois aux alentours avaient disparu, engloutis par les eaux démontées qui sous forme de courant ravageur, léchaient avidement les berges tendres de leur refuge transformé en île. Hélène mena Neil jusqu’au groupe réuni en bruyant conciliabule.

Sissi assurait avoir vu sangliers et lapins. Il y avait sans doute d’autres animaux, sauvés par leur instinct de cette débâcle naturelle. L’impératrice fit aussi remarquer que l’eau ne montait plus et que le courant s’amenuisait. Elle qui n’avait pas eu le temps de faire de constatations sur le terrain, se tût et suivit le débat. Le dénommé Chavez émit la suggestion de tailler des pirogues, un regard aux alentours plus tard, la belle concordait avec l’avis de Sissi.

Mais peu d’arbres conviendraient. D’autant que les flots charrient des tonnes de choses…

C’était tout dire, naviguer dans ces conditions était tout simplement aller vers une mort sûre. Des avis de toute sorte s’émirent, peu judicieux, par malheur. Ces hommes têtus allèrent abattre des arbres, on délégua élégamment ces dames aux cuisines, bien entendu, Hopeman, qui ne sentit pas qu’on faisait allusion à elle en parlant de dames, suivit les hommes.

Elle est odieuse, les autres…peuh ! Le seul qui semble acceptable est leur chef…Bon, s’ils veulent manger…faudra trouver quelque chose à se mettre sous la dent.

Amelia reconnut entre les provisions ce qu’elle appela conserves mais Hélène avait ses suspicions quant à ce que pourraient contenir ces boîtes étranges et préféra sortir avec Sissi pour poser des collets. Les hybrides les accompagnant, les deux femmes se sentaient en sécurité. D’où qu’on regardait, ils étaient cernés par les eaux. Un affreux pressentiment lui serrait le cœur, à voir la petite mine de son amie, elle devina que les mêmes idées les taraudaient. Inutile de chercher des mots de consolation, il n’y en avait pas.

*Par tous les Dieux, Louis…pourquoi dois tu être si gaffeur !?...Sans cela…nous serions ensemble…*

À quoi bon s’éperdre en évocations, au lieu de cela, la belle s’activa à la recherche de tout fruit qui ait résisté au déluge. Elle en avait cueilli quelque uns quand il lui sembla entendre un cri…Sissi allongeait aussi le cou. Le cri se répéta, scrutant l’onde agitée Hélène souhaita découvrir autre chose que ce qu’elle vit.

Regarde…là-bas…Par Neptune…c’est quoi, ça !?

C’est un de mes amis !


C’est…c’est…euh…un gros poisson !


Mais déjà l’impératrice se communiquait avec l’être de l’eau en émettant des sons bizarres auxquels l’autre répondit. L’explication ne sut tarder.


J’ai peut-être perdu mes écailles mais je sais encore la langue des aquatiques.

On ne peut plus utile, dit-elle un peu interloquée, et…vous parliez de quoi, là ?

Et Sissi de lui répondre le plus calmement du monde comme s’il n’y avait rien de plus normal que parler avec les poissons, quoiqu’en y pensant bien…elle en avait bien été un, à moment donné !

Je lui ai demandé s’il allait bien et s’il pouvait aller regarder nos fondations, en faisant attention.

Le retour du dauphin, peu après plongea Sissi dans une perplexité affolée.

Raconte…Bon sang, Sissi…c’est quelque chose de grave !?


Vu la tête qu’elle tirait ce ne devait être rien de trop réjouissant. Ce ne l’était pas, mais alors là, pas du tout.

Dans deux jours maximum, on coulera ! Je lui ai demandé de l’aide, il va chercher mais…

On est perdus !...On peut pas aller leur raconter cela…déjà qu’ils nous tiennent pour des illuminées mais Amelia, elle sera la seule à comprendre !

Impossible autrement. Les trois amies, en concile fermé, décidèrent ce qu’il leur restait à faire. Le dauphin reviendrait avec des nouvelles mais elles ne pouvaient disparaître toutes en même temps pour jouer aux vigiles.

La nuit ne tardait pas. Hélène, au bord du fleuve, attendait quelque manifestation aquatique. L’air avait sensiblement rafraîchi après l’hécatombe diluvienne elle avait faim et commençait à s’ennuyer ferme quand le museau arrondi fit son apparition et un cri de reconnaissance fusa.

Pas trop tôt, dis donc…attends…je vais chercher Sissi !

Sans attendre son reste, elle détala à toute vitesse ne s’étonnant presque pas de trouver Elisabeth à mi-chemin.

Ah, tu venais me chercher ?...On se demandait où j’étais passée ?...Charmant…mais là…ton copain t’attend…

Un long échange s’en suivit entre le dauphin et l’ex-sirène. Hélène n’y comprenait rien mais il suffisait de voir les changement d’expression de son amie pour savoir que ce que racontait l’être de l’eau était d’une navrante gravité.

Alors…c’est si moche ?


C’était encore pire et ne leur laissait aucune autre alternative que mettre tout le monde au courant. Impériale, Sissi prit la parole et dit ce qu’elle avait à dire. Qu’elle avoue avoir été une sirène souleva un tollé pas possible. Sans l’autorité d’Amelia secondée par…tiens, le samouraï, prenait parti, les explications seraient parties en eau de boudin. On laissa que Sissi finisse avec son exposé.

J’ai demandé de l’aide à mon ami. Il est revenu ce soir m’informer d’une solution…

Vraiment ? Vous voulez nous faire croire que vous avez bavardé avec un…dauphin ?

Quel homme borné, ce Poindexter. Érudit peut être mais pour ce que cela lui servait. Sissi le mit à sa place sans mâcher ses mots. Hélène aurait applaudi. Il fallut de l’intervention de Chesterfield, assez bien remis de ses mésaventures, pour ramener le calme dans la ruche. La solution proposée par l’ami aquatique était assez cryptique mais tenant compte qu’on n’était pas à ça près.

On m’a conseillé de construire rapidement une nacelle et de l’accrocher le plus haut possible…

Une nacelle ?,
s'enquit Hopeman d'un tom mordant d’ironie, on va venir nous pêcher ? C’est tout ?

Ben oui, c’est tout. Vous vous attendiez à quoi ? À la charge de la cavalerie ?

Comme on pouvait s’y attendre, tous n’étaient pas d’accord. Les « modernes » d’un côté, elles, plus rodées aux lubies « divines » et leurs conséquences de l’autre. Hélène, crut discerner un certain doute chez Chesterfield et le japonais mais on n’était pas là pour pinailler au détail. Sans demander l’unanimité des votes, en front compact, elles, les « historiques » abandonnèrent l’assemblée, non sans emmener le casse croûte déjà prêt…par leurs soins.

Ingrats et ignorants, voilà ce qu’ils sont, tempêta t’elle, hommes…ils veulent toujours la suprématie !

Le petit jour les trouva prêtes au travail. Organisées et rapides, elles avaient largement entamé leur labeur alors que les autres discutaient encore en abattant le peu d’arbres qu’il restait. Leurs mains agiles avaient tressé, uni, encordé et réussi à donner forme à ce que serait la fameuse nacelle requise. Suivant les doctes conseils d’Amelia, l’œuvre se complétait mais à trois, ce n’était pas évident. Habiles oui, magiciennes pas, à leur grand dépit. Faisant équipe à part, elles ignoraient ce que les autres pouvaient bien faire mais s’en doutaient.

S’ils ne poussent pas de vivats de joie…c’est bien parce qu’ils n’ont rien !, rigola Hélène, mais sont trop fiers pour venir le dire…Hommes enfin !

Des amis aquatiques de Sissi, pas de nouvelles. Ils n’avaient sans doute pas trouvé de meilleure solution à leurs déboires que cette fameuse nacelle. Hélène se demandait à quoi cela les mènerait ? Son imagination ne la laissait pas prévoir ce qui pourrait arriver une fois que tous se seraient hissés jusqu’à la cime d’un arbre.

Pourvu qu’ils en laissent encore un debout !, soupira t’elle.

Ils eurent l’heur de le faire. Elles avaient fort bien avancé en besogne quand, contrit, Chesterfield vint informer de l’échec de l’idée masculine. Elle dut prendre sur soi l’envie de lui rire au nez et prit, au contraire un air consterné et accepter, gracieusement, l’aide que bon an mal an, ces messieurs voulurent apporter. Il fallait se presser. Leur refuge rapetissait de manière alarmante.

On s’y mit à bouchées doubles, sans repos. Juste à temps pour ne pas être emportés par le fleuve vorace. Elle mit à l’œuvre son habileté pour faire mouliner la corde du lest appelée à hisser le gros cordage. Le reste fut un jeu d’enfant…ou presque. Entassés dans la nacelle, ils se retrouvèrent au dessus des flots qui envahissaient déjà l’endroit.

*Tant que l’arbre tient, on se mouille pas les pieds !*

Ils ne furent pas pour le savoir. Comme surgie d’un rêve dément, une immense créature ailée happa le haut de la nacelle entre ses serres puissantes et comme s’ils n’étaient qu’un sac de plumes, les emporta à vigoureux coups d’aile loin du tertre qui disparaissait déjà…Personne n’osa piper mot le temps que dura ce voyage hallucinant. Fendant les airs à des vitesses inouïes, l’oiseau démesuré, ne tarda pas trop, même si cela leur avait semblé une éternité, à poser son fardeau sur une rive paisible, à l’orée d’un bois. Réussie la manœuvre avec grande délicatesse, la créature n’attendit pas de remerciements et reprit son vol avec grande majesté.

À peu près remis des émotions de ce déplacement aérien, on se fit un devoir d’inspecter ces nouveaux alentours. Chesterfield les avait divisés en groupes. On tira à la courte paille qui allait avec qui. Se retrouver en compagnie de Miyamoto lui fit froncer un peu le nez mais se garda tout commentaire. Au moins avec lui, pas de souci pour entretenir la conversation. Ils avançaient en silence, tels trappeurs consciencieux quand une vision irréelle fit freiner la belle pile poil, une exclamation ahurie à bout de lèvres…


À quelques pas d’eux, dans une clairière ensoleillée, une créature fantastique, au puissant corps de cheval agrémenté d’une tête et ailes d’aigle, paissait indifférente à leur effarement…
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